L’artiste

Mouhammad Kamal est né à Toulouse en bord de Garonne
et comme il aime à dire : « si j’ai un caractère bien trempé, c’est dû à l’air humide de celle-ci ».
Aîné d’une fratrie de six enfants, il a passé toute son enfance dans la cité du Mirail, à La Reynerie, quartier populaire de Toulouse. Il évolue alors dans un environnement multi-ethnique et c’est là qu’il acquière la conviction que la paix et le vivre ensemble, peuvent et doivent exister pour et grâce aux différences.
À ses dix ans sa famille quitte le quartier pour devenir propriétaire en banlieue toulousaine. Avec une mère visionnaire et un père pragmatique ils déménagent de ce berceau multi-ethnique pour arriver dans un petit village de moins de dix mille habitants à l’époque. Sauf lui, qui dû partir dans un autre quartier à côté de celui dans lequel il avait grandi.
Nous sommes à la fin des années 80 et le Mirail avait déjà très mauvaise presse donc, comment voir d’un bon œil toute cette grande famille « d’Arabes » venus tout droit de la Reynerie ?

Sa petite sœur cadette et un de ces petits frères furent acceptés dans l’école primaire du village qui se trouvait à côté de chez eux, quant à lui, il dut passer une année de plus à la cité car deux « Maghrébins », c’était bien suffisant.

Il passa cette dernière année de CM2 chez ses grands-parents paternels et retournait chez ses parents le week-end. Troublé par ces changements, il cessa d’étudier et c’est par voie de conséquence qu’il fut forcé à redoubler. L’école primaire où étaient sa sœur et son frère ne l’acceptait toujours pas et l’envoya dans un autre établissement du village bien plus loin.
C’est dans cette ambiance qu’il évolua en étant quasiment l’unique étranger de cette école dans sa dernière année de primaire. Après une adolescence tumultueuse approfondissant sa connaissance de la xénophobie et du rejet, il fit là, à ses dépens l’amère expérience de ce qu’est être issu d’une minorité. C’est là que le rap fit son entrée dans sa vie, il se mit alors à écrire et à prendre énormément de plaisir, il forme alors avec des amis le groupe « Mélange » ou blancs, basanés, jaunes et noirs rappent ensemble dans leur langue maternelle commune, le Français.
Un peu plus tard sa foi le rattrape et il fait la connaissance d’un islam traditionnel. On lui enseigne que la musique est proscrite, il cesse alors d’en faire et d’en écouter et ce, pendant près de quinze ans. De manière sporadique il écrit, compose des proses et des rimes sur papier et dans sa tête. Dans les années deux mille il découvre le Slam…
Et il fût subjugué par cet art où l’on proclame.

Des recherches plus approfondies lui permettent de se rendre compte que la musique n’est pas interdite par sa religion et il se met à écrire plus régulièrement.
À la lumière du 7 janvier 2015, quand il vit ces stylos brandis par des milliers de français à travers son pays comme l’emblème de la liberté d’expression, il décida à ce moment de faire de même et devant ce qu’il juge être une énorme hypocrisie, il se met à écrire des textes bien plus engagés où il parle librement de cette foi qu’il voit sans cesse dénigrée par les médias et politiques, et de ses origines : il se voit désormais comme musulman, français d’origine algérienne qui donne naissance à un texte éponyme. Le 3 octobre 2016 il est victime d’un accident de la route qui a bien failli lui coûter la vie, le 4 novembre 2016 il participe à sa première scène slam ouverte où il proclame « ce que je suis »

C’est là, que l’aventure commence…